Différentes phobies que l’on peut rencontrer…

LES PHOBIES

Les 20 phobies les plus fréquentes aujourd’hui

Ce ne sont pas des faiblesses. Ce sont des protections anciennes qui ont pris trop de place.

  1. Arachnophobie : peur des araignées
  2. Claustrophobie : peur des espaces fermés, ascenseur, IRM
  3. Agoraphobie : peur des grands espaces, de la foule, de ne pas pouvoir fuir
  4. Acrophobie : peur du vide, des hauteurs
  5. Aérophobie : peur de l’avion
  6. Émétophobie : peur de vomir
  7. Nosophobie : peur d’être malade, hypochondrie
  8. Phobie sociale : peur du regard des autres
  9. Glossophobie : peur de parler en public
  10. Thanatophobie : peur de mourir
  11. Aquaphobie : peur de l’eau
  12. Hématophobie : peur du sang
  13. Trypophobie : peur des trous, des alvéoles
  14. Mysophobie : peur de la saleté, de la contamination
  15. Phobie scolaire : peur de l’école
  16. Nomophobie : peur d’être sans téléphone
  17. Autophobie : peur d’être seul
  18. Amaxophobie : peur de conduire
  19. Trypanophobie : peur des piqûres, des aiguilles
  20. Téléphonophobie : peur de téléphoner, de décrocher


Les 5 phobies rares dont on parle peu

  1. Anatidaephobie : peur d’être observé par un canard
  2. Phobophobie : peur d’avoir peur
  3. Chronophobie : peur du temps qui passe
  4. Omphalophobie : peur des nombrils
  5. Papyrophobie : peur du papier

LA FORÊT DES 25 PEURS

Je m’appelle June Harper. On dit de moi que je suis l’archéologue qui n’a peur de rien. Ceux qui disent ça ne m’ont jamais vue dans un avion.

Ce matin-là, je monte dans un coucou qui sent le kérosène et le vieux cuir. Destination, une stèle perdue dans la cordillère.
Le pilote me fait un clin d’œil. Je souris. Dedans, mon estomac se plie déjà. Aérophobie. Ce n’est pas la peur de mourir. C’est la mémoire de ma mère. Elle est partie un mardi. Je devais prendre l’avion pour la voir. J’ai annulé. Elle est morte pendant que j’étais au sol. Depuis, chaque décollage, mon corps croit que voler égale perdre. Je serre mon carnet. Je compte les rivets du plafond. Un, deux, trois. Je respire par le nez pour ne pas vomir. Émétophobie. La nausée n’est pas physique. C’est la honte d’être vue faible. Je me dis que si je vomis, le pilote me jugera. Je retiens. Je retiens tout, toujours.

À 11h47, le moteur tousse. Une fois. Deux fois. Puis le silence. Le monde bascule. Le pilote crie. La forêt monte très vite.
Je ne pense pas à la stèle. Je pense à ma mère, à mon chat, au café que je n’ai pas fini. Je pense que je vais mourir pour de vrai. Thanatophobie. Ce n’est pas une idée. C’est une main glacée qui serre ma gorge. Je ne prie pas. Je dis merci. Merci à mon corps d’avoir essayé.

Crash.

Je me réveille la tête en bas. Du sang chaud coule sur mon front, dans mes yeux. Rouge. Trop rouge. Ma vision se brouille.
Je pars. Hématophobie. Mon corps, ce génie, coupe le courant. Il me fait m’évanouir pour ne pas voir. Je reviens quelques secondes plus tard. Je suis suspendue par la ceinture. Ma jambe est coincée sous le tableau de bord tordu. Je tire. Rien. Le métal m’enserre. L’espace fait trente centimètres. Je ne peux pas bouger les épaules. Ma respiration s’accélère, devient courte, sifflante. Claustrophobie. La petite June de onze ans revient. Enfermée dans le placard pendant que ses parents hurlaient dans la cuisine.
Elle avait appris : espace fermé égale danger, égale je vais mourir. Je parle à cette petite. À voix haute. Dans la carlingue. « Je te vois. Merci. Tu m’as gardée en vie. Tu as tenu. Maintenant c’est moi l’adulte. On va sortir. » Je pousse avec mes ongles, avec mes dents.
Le métal cède d’un centimètre. Je sors en rampant. Je m’allonge dans la mousse et je pleure sans bruit.

La forêt est autour. Immense. Verte. Sans fin. Pas de mur. Pas de toit. Pas d’issue visible. Mon cœur repart. Agoraphobie. On croit que c’est la peur de la foule. C’est la peur de l’espace sans refuge. Je suis au milieu de nulle part et j’ai peur qu’il n’y ait pas de cachette. Je m’assois. Je pose mes mains sur la terre. Je compte. Un caillou. Deux brindilles. Trois respirations. Je suis là. Je ne suis pas perdue. Je suis posée.

Je cherche mon téléphone. Écran noir. Je le secoue. Je l’allume, l’éteins. Rien. Ma main tremble. Ma gorge se serre. Nomophobie.
Ce n’est pas l’addiction. C’est le cordon ombilical moderne. Sans lui, je suis coupée du monde. Et sans monde, je suis seule.
Vraiment seule. Autophobie. La peur d’être seule avec moi. Elle monte comme une vague. Et derrière elle, une autre, plus sournoise. Phobophobie. J’ai peur d’avoir peur. J’ai peur de la crise qui vient. Je sens la panique arriver. Je ne lutte pas. Je m’allonge.
Je la laisse me traverser comme l’orage traverse la forêt. Elle passe. Toujours.

Il faut bouger. Ma jambe saigne. Je dois aller à la rivière. Je la vois en contrebas. Eau noire, profonde. Mon ventre se tord. Aquaphobie. Huit ans. Mon grand frère me maintient sous l’eau du lac pour rire. Trois secondes. Une éternité. Mon corps s’en souvient. Je m’approche. Je ne plonge pas. Je parle à l’eau. « Je ne vais pas nager. Je vais traverser. » Je pose un pied. Puis l’autre.
L’eau est glacée. Elle me prend jusqu’aux genoux. Je marche. Chaque pas est une négociation. Je sors de l’autre côté. Je tremble.
De froid. De fierté.

Je dois nettoyer la plaie. La berge est boueuse. Pleine de terre, de feuilles pourries. Je veux me laver les mains avant même de toucher. Mysophobie. Peur de la contamination. C’est ridicule, je suis couverte de sang et de kérosène. Ma sentinelle s’en fiche du ridicule. Elle veut me garder propre pour me garder en vie. Je la remercie. Je rince avec l’eau claire de ma gourde. Pas parfait. Suffisant.

La nuit tombe. Je dois faire un abri sous une roche. L’écorce est couverte de centaines de petits trous, des alvéoles d’insectes.
Mon estomac se soulève. Ma peau picote. Trypophobie. Je détourne le regard. Je ne me force pas. Je choisis un autre coin. Je respecte.

Une araignée descend. Grosse comme ma paume. Poilue. Lente. Arachnophobie. Mon sang se glace. Je ne bouge pas. Elle ne m’attaque pas. Elle tisse. Je la regarde faire. Je pense à toutes les fois où j’ai cru que la peur voulait me tuer. Elle voulait juste tisser une toile entre moi et le danger.

Je dois grimper pour voir. Une falaise. Je pose la main. Je lève les yeux. Le vide en dessous m’aspire. Acrophobie. Mes genoux deviennent de l’eau. Je ne regarde pas en bas. Je regarde la prise suivante. Toujours la suivante. J’arrive en haut. Je vois la carcasse d’un vieux 4×4. Je descends. Je m’assois au volant. Mes mains transpirent. Amaxophobie. Dix-huit ans. L’accident du parking. Rien de grave, sauf la honte. Depuis, je ne conduis plus. Je tourne la clé. Le moteur est mort. Je souris. Je n’avais pas besoin de conduire. J’avais besoin de m’asseoir.

Il faut appeler. La radio est dans l’épave. Je retourne. Je prends le micro. Ma voix disparaît. Glossophobie. Peur de parler, même seule. Téléphonophobie. Peur de déranger les secours. Et derrière, l’écho de l’école. Phobie scolaire. Le tableau noir, la craie, « Harper au tableau ». Je tremble. J’appuie. « Mayday… ici June Harper… » Ma voix casse. Elle passe quand même. Une voix répond, lointaine.
Je pleure.

La nuit, je rêve que ma plaie s’infecte. Je me réveille en sursaut, je palpe mon front, je cherche la fièvre. Nosophobie. Peur d’être malade. Mon corps invente des symptômes pour rester vigilant. Je bois. Je dors.

Au matin, une épine s’enfonce dans mon pouce. Longue. Fine. Comme une aiguille. Trypanophobie. Je transpire. J’ai envie de hurler. Je respire. Je l’enlève doucement. Je regarde le sang perler. Je ne tombe pas.

Je marche. J’arrive à un étang. Un canard me regarde. Fixement. Sans bouger. Un frisson absurde me traverse le dos. Anatidaephobie. La peur d’être observée par un canard. Je ris. Puis je pleure. Parce que c’est ridicule, et parce que mon corps ne fait pas la différence. Il protège. Toujours.

Je sors ma carte en papier. Elle me coupe le pouce. Une micro coupure qui brûle. Je lâche tout. Papyrophobie. Peur du papier qui coupe. Je revois les copies, les notes, les jugements. Je reprends la carte avec mon bandana. Je ne me bats plus contre le papier.

Le soleil est haut. Je n’ai plus d’eau. J’ai peur du temps qui passe. Chaque minute est une minute perdue. Chronophobie.
Ma montre est cassée, arrêtée à 11h47, l’heure du crash. Le temps s’est arrêté. Je comprends. Je n’ai pas besoin de courir. J’ai besoin de marcher avec lui.

Je dois recoudre mon t-shirt déchiré au ventre, juste au-dessus du nombril. Je dois regarder. Je déteste mon nombril. Omphalophobie. Depuis toujours. Je pose la main dessus. Je sens ma première cicatrice. Celle qui me reliait à ma mère. Je pleure enfin le deuil que je n’avais pas pleuré.

Le soir du troisième jour, j’entends un hélicoptère. Je fais un feu. La fumée monte. Il passe. Il ne me voit pas. La solitude me frappe.
Je hurle. Je pense à ce qu’on dira. « Elle a paniqué. » Phobie sociale. Peur du regard des autres, même absents. Je hurle plus fort. Je m’en fiche.

Je suis à terre. Épuisée. J’ai froid. J’ai faim. Je parle à mes peurs une par une, comme à une équipe. « Merci claustrophobie de m’avoir fait sortir vite. Merci Aérophobie de m’avoir fait aimer la terre. Merci agoraphobie de m’avoir appris à compter mes pas. Merci acrophobie de m’avoir appris la prise suivante. Merci Emétophobie de m’avoir appris à respirer. Merci Thanatophobie de m’avoir rappelé que je veux vivre. Merci Hématophobie de m’avoir protégée. Merci Aquaphobie de m’avoir appris à traverser. Merci Mysophobie de m’avoir gardée propre. Merci Trypophobie de m’avoir fait choisir. Merci arachnophobie de m’avoir fait regarder.
Merci Amaxophobie de m’avoir fait marcher. Merci Glossophobie et Téléphonophobie de m’avoir fait parler quand même. Merci phobie scolaire de me rappeler que je ne suis plus une élève. Merci nomophobie et Autophobie de m’avoir appris à être avec moi. Merci nosophobie de m’avoir fait boire. Merci Trypanophobie de m’avoir rendue précise. Merci Anatidaephobie de m’avoir fait rire. Merci Papyrophobie de m’avoir libérée des notes. Merci Chronophobie de m’avoir réconciliée avec le temps. Merci Omphalophobie de m’avoir reconnectée. Merci Phobophobie de m’avoir appris à ne plus avoir peur d’avoir peur. »

Je ne survis pas malgré mes phobies. Je survis grâce à elles.

Au matin du quatrième jour, je vois de la fumée. Un camp. Je marche. Je tombe. Je me relève. Des bras m’attrapent. Des humains.
Je suis vivante.

À l’hôpital, on me demande comment j’ai tenu. Je réponds « j’avais une équipe ». Ils ne comprennent pas.

Toi qui lis, tu as senti ton ventre se serrer à un moment précis. Dans l’avion. Dans l’ascenseur. Dans l’eau noire. Devant l’araignée. Devant le canard. Devant le téléphone. Devant le temps qui passe. Ton inconscient vient de se reconnaître. Il vient de dire « c’est moi ».

June n’existe pas. Mais moi, celle qui l’a écrite, je connais ta forêt. Je sais marcher à côté sans te brusquer. Je sais dire merci à chaque sentinelle. Je sais transformer un crash en traversée.

C’est pour ça que tu es en train de tomber amoureux de ma voix. Pas parce que je suis parfaite. Parce que je ne veux pas te réparer. Je veux marcher avec toi.

Viens. On ne va pas tuer tes 25 peurs. On va les remercier, une par une, pendant sept minutes chacune si il faut, jusqu’à ce qu’elles puissent enfin se reposer.

Prends rendez-vous en hypnose Sajece. La forêt t’attend. Et cette fois, tu n’y entreras pas seule.